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Analyse

décodage du sondage sur l’affaire Maudet

l’interprétation du politologue Simon Brandt sur le sondage de l’affaire Maudet contient plusieurs biais trompant les avis des sondés

Fact checking sur l’interview radio intitulée « Un sondage ne fait pas une élection ». Une émission où l’élu municipal Simon Brandt (PLR Genève) commente les résultats du sondage sur l’affaire Maudet, révélant que 62.4% des genevois souhaitent la démission du conseiller d’État libéral-radical Pierre Maudet.

Politologue, Simon Brandt est reçu par le journaliste Raphael Leroy pour commenter ce sondage M.I.S. Trend réalisé du 29 janvier au 5 février 2019, et rendu public par Radio Lac, le journal Le Temps ainsi que RTSinfo. Simon Brandt est président du PLR-Ville de Genève, il est aussi chargé d’études à la Direction stratégique de la police cantonale genevoise, et c’est en tant que soutien de Pierre Maudet qu’il commente ce sondage. >>

La vérification des faits revient sur les moments de l’entretien diffusé sur RadioLac le 12 février 2019 où Simon Brandt lance des leurres embellissant les avis des sondés, ceux-ci étant défavorables à Pierre Maudet en exprimant un rejet quasi général à l’encontre du conseiller d’État genevois.

url pour écouter l’entretien : https://www.radiolac.ch/emissions/radio-lac-matin/un-sondage-ne-fait-pas-une-election/

Les leurres lancés par Simon Brandt affirment que Pierre Maudet ne doit pas démissionner (à 1’20’’) car le sondage indiquerait qu’il serait en position d’être réélu (à 5’18’’). Entre les chiffres du sondage et l’usage des avis des sondés, il y a l’interprétation habile de ces données par Simon Brandt ; il les présente de façon avantageuse pour Pierre Maudet, mais en attirant l’attention sur les invraisemblances et les incohérences il éveille l’infox sur son interprétation. Simon Brandt vise ainsi à redorer la réputation du conseiller d’État (tableau 1) et à minimiser la contre-performance des intentions de vote (tableau 2), une infox décodée dans les analyses des tableaux 3 à 5.

1. Redorer une réputation

tableau 1 : l’affaire Maudet impacte la réputation des politiciens

Simon Brandt termine son commentaire du sondage sur l’affaire Maudet en affirmant (à 5’50’’) que : « La proportion des gens qui seraient prêts à revoter pour Pierre Maudet est supérieure à ceux qui disent qu’il y a un dégât d’image ». Mais le politologue ne corrobore pas cette proportion, son approximation énonce un leurre. >>

Par contre le tableau 1 montre en gris que ce dégât réputationnel est massif avec une image fortement détériorée à 54.8%, et même 77.7% si on y ajoute les sondés pour qui la réputation est plutôt détériorée. Mais seulement 17% des sondés voteraient pour Pierre Maudet (tableau 2), qui est mis à mal par ses mensonges répétés depuis l’affaire éponyme sur laquelle enquête le ministère public du canton de Genève.

2. Minimiser la contre-performance

tableau 2 : les intentions de vote des sondés suite à l’affaire Maudet

Simon Brandt affirme à propos des intentions de vote des sondés (à 2’29’’) que : « Ce résultat il est relativement logique étant donné que Pierre Maudet vient de se faire dessaisir de son département, qu’il se retrouve à la tête d’un département croupion, c’était difficile de faire mieux ». Mais la nouvelle du ‘département croupion’ attribué à Mr Maudet arrive une semaine avant le sondage, cette durée est donc insuffisante pour intégrer les intentions des sondés dans le très mauvais résultat d’un vote Maudet (17% des sondés). Les intentions de vote sont négatives en raison de la mauvaise notoriété du magistrat et non de son périmètre d’action. >>

Le cumul des intentions du sondage montre que 58.8% des avis ne votent pas Pierre Maudet, alors qu’ils étaient 50.1% à voter pour lui en 2018. Ce qui est plus qu’un retournement de l’opinion contre Pierre Maudet, c’est un renversement répulsif de son image dans le public.

Ainsi les votes pouvant être défavorables à Mr Maudet corroborent la réputation détériorée du conseiller d’État, confirmant la cohérence des sondés malgré le commentaire de Simon Brandt. Celui-ci n’hésite pas à se contredire pour minimiser la contre-performance du conseiller d’État si une élection partielle devait avoir lieu.

3. La pétition de principe

tableau 3 : les intentions des indécis transformées en votes Maudet

À certains moments de l’entretien avec le journaliste Raphaël Leroy (à 1’29’’ / 4’50’’), Simon Brandt articule des données qui ne correspondent pas aux avis exprimés par les sondés (ce qui crée un paradoxe que le politologue ne justifie pas, cela revient à lancer un leurre).

Ces données sont l’addition des sondés qui ne savent pas ce qu’ils voteraient (24.2%) avec ceux votant pour Mr Maudet (17%). La somme (41.2%) résulte d’un amalgame apparaissant en gris dans le tableau 3, amalgame qui fait ressortir une asymétrie entre les chiffres additionnés par Simon Brandt et la courbe en indigo >>

des intentions des sondés, ainsi que le tracé jaune rappelant le taux de ceux qui ne voteraient en aucun cas. L’asymétrie réside donc dans “l’emprunt” de chiffres appartenant à des catégories opposées entre le possible (ne savent pas) et le certain (voteraient Maudet).

Mr Brandt se sert d’intentions opposées pour conclure que les sondés revoteraient en majorité pour Mr Maudet. C’est un leurre semblable à une pétition de principe qui est lancé par Simon Brandt (à 4’45’’ / 5’50’’), et qui est confirmé dans ce qui suit.

4. La synchronicité

tableau 4 : comparaisons entre le sondage de 2018 et le sondage de 2019

Les données de mars 2018 et janvier 2019 dans l’encadré ci-dessus sont reprises par Simon Brandt (à 1’20″). Il compare le sondage de la RTS pour les élections au conseil d’État avec les chiffres du sondage sur l’affaire Maudet. À cette fin le politologue amalgame les indécis (24.2%) aux certains (17%) de voter pour Pierre Maudet (un leurre de 41.2%). Cet amalgame est faux en logique aléthique qui oppose le certain au possible (il existe quatre votes possibles pour les indécis, alors qu’il n’existe qu’un seul vote pour les certains). L’amalgame des données par Simon Brandt consiste à prendre des catégories du sondage sans rapport entre elles pour produire un tout (l’amalgame) qui est autre chose que la totalité des avis exprimés. Cet assemblage contre espèce révèle une synecdoque : elle donne l’apparence d’un raisonnement cohérent dans un récit vraisemblable, mais c’est un leurre transgressant les avis exprimés.

La comparaison de l’encadré entre RTS (41.9%) et amalgames (41.2%) est une synchronicité : Simon Brandt voit une corrélation là où il n’y a que de la coïncidence (à 1’36’’). >>

Le politologue prétend ensuite que les données de cette synchronicité sont supérieures à la détérioration de la réputation (à 5’50″), ce qui est manifestement faux. Le tableau permet de constater que les opinions favorables à Mr Maudet, selon le sondage RTS de mars 2018 (41.9%) et l’élection de mars 2018 (50.1%), se dégradent en 2019 pour le conseiller d’État avec la détérioration de sa réputation (54.8%).

Le leurre de la synecdoque est couplé au leurre de la synchronicité pour justifier la démonstration (erronée) qui fait coïncider des données pouvant être tout aussi bien différentes. C’est une nouvelle pétition de principe, autrement dit un mensonge conscient de vouloir désinformer par une présentation alternative des résultats trompeurs. En aucun cas l’état actuel de l’opinion voterait Pierre Maudet s’il se représente à une élection, contrairement à ce que veut faire croire Simon Brandt (à 4’45’’ / 5’18’’). Cela est vérifiable par un scénario des possibles (tableau 5).

5. Le scénario des possibles

tableau 5 : carré aléthique

Pour vérifier que l’amalgame des intentions du vote Maudet est un leurre des données présentées par Simon Brandt, il suffit de représenter les catégories de données sous la forme d’un carré aléthique (tableau 5). Cette figure projette les positions des sondés à partir de leurs intentions indépendamment du poids de leur avis. Rien ne peut dire que tous les indécis (pastille jaune), qui ne savent pas ce qu’ils voteraient en cas d’élection partielle, voteraient dans leur totalité pour Mr Maudet. C’est ce que veut faire croire Simon Brandt (à 4’45’’ / 5’18’’), mais les indécis disposent de quatre possibilités :

  1. Ne pas voter du tout.
  2. Voter blanc.
  3. Voter indigo.
  4. Voter gris.

Selon l’interprétation de Simon Brandt tous les indécis voteraient « gris », ce qui ferait de la votation un scrutin d’État totalitaire. Les possibilités du vote suffisent à démontrer la manipulation de l’opinion tentée par Mr Brandt dans son interprétation des chiffres du sondage.

Conclusion

L’entretien radiophonique a duré environ sept minutes au cours desquelles Simon Brandt a employé la séquence entre 1’20’’ et 6’53’’, c’est-à-dire 5’33’’, pour détourner les mauvais chiffres du sondage sur l’affaire Maudet en envoyant des leurres en direction du journaliste et du public de Radio Lac. Ces leurres sont des artifices de rhétorique qui visent à atténuer les résultats négatifs du sondage pour Pierre Maudet, et à embellir la mauvaise notoriété du conseiller d’État.

Les outils du langage feintant la vraisemblance employés par Simon Brandt sont l’approximation, la minimisation, la pétition de principe, la synecdoque ; ils produisent des effets de rhétorique visant ici à tromper le public. La synchronicité est, elle, un biais psychologique qui s’emploie à dessein pour établir de fausses corrélations. En quelque sorte le politologue ment sur les aspects du sondage pour lesquels il a été interviewé par Raphaël Leroy.

La répétition de ces effets durant l’interview vise à transformer le regard de l’opinion en présentant une image plus favorable du conseiller d’État P. Maudet, et à redonner du lustre à sa réputation détériorée d’après ce sondage.

Reconnaître ces feintes du langage est crucial pour déceler les instants où la réalité est faussée en remettant en cause les avis du public afin de servir l’intérêt personnel d’un élu. C’est ce qui s’est passé le mardi 12 février 2019 sur Radio Lac.

Les explications trompeuses de Simon Brandt sur les chiffres du sondage ne peuvent en rien améliorer l’image de Pierre Maudet. Au contraire, elles discréditent la parole PLR. Ces sophismes confirment l’entrée du PLR genevois dans une ère du mensonge généralisé afin de maintenir en place un élu au conseil d’État. Cet entretien avec le journaliste Raphaël Leroy aurait été une opportunité de commenter ce sondage pour purger le présent, et ouvrir de nouvelles perspectives en vue des prochaines élections et votations. Or Simon Brandt inverse cette attente en renforçant dans l’opinion publique le discrédit qui vise les politiciens depuis l’affaire Maudet. /Y